Suisse

La Banque Nationale déploie ses premiers dealers aux abords de l’Usine.

Depuis le début de l’année 2020 – qui, selon des sources officieuses, devrait être purement et simplement annulée par les autorités fédérales – la Banque Nationale Suisse investit massivement dans le chanvre et les produits dérivés du cannabis. Retour sur un « développement nécessaire », aux dires du porte-parole de la première banque du pays.

« Nous voulons devenir une major, c’est-à-dire contrôler de l’extraction à la distribution du cannabis dans les rues de Genève puis de la Suisse entière », affirme le même joyeux luron dont les yeux injectés de sang à huit heures du matin affirme qu’il s’affaire à la tâche « corps et âme ». D’ajouter que ce n’est pas anodin si la Cité de Calvin a été choisie pour le premier déploiement des VRP de l’Etat fédéral. Genève jouit en effet d’une clientèle particulièrement peu difficile en matière de qualité et particulièrement fidèle aux produits cannabiques. « Il n’y a qu’à voir ce que ces gens achètent devant l’Usine », crie le porte-parole en allumant une canne qui ferait frémir les plus rompus d’entre-nous à la prise de substances illicites avant d’ajouter: « c’est de la terre ou des herbes de Provence à 80%! ».

L’Etat fédéral souhaite en effet se positionner sur ce marché estimé à 3 milliard de francs suisses. Il prévoit d’atomiser la concurrence en proposant une gamme de produits de qualité à prix équivalents aux substances actuellement disponibles sur le marché, lesquelles proviennent bien souvent de l’étranger. Car en plus de cet attrait en qualitatif, l’Etat compte sur « l’esprit citoyen » et la volonté de favoriser les « circuits-courts » en cette période où la mondialisation est très mal vue. S’ajoute à ces deux raisons l’argument économique: « de nombreux agriculteurs sont en difficulté ces derniers temps. Vendre des tomates ou des fraises n’est plus rentable. En revanche, l’économie d’échelle attendue sur le cannabis est synonyme de sauvetage pour toute une branche d’activité. Qui l’eût cru ! ».

Les autorités cantonales genevoise, qui se sont associées très rapidement au projet depuis qu’elles se sont mises à fumer pour « évacuer la pression », prévoient l’installation à leurs frais de toute une signalétique « 420 » pour diriger les intéressés vers les revendeurs fédéraux assermentés. Lorsqu’on les interroge sur l’ouverture de magasins dédiés, les autorités répondent que les clients se verraient totalement décontenancés. En effet, pour ceux qui ont l’habitude de « choper » dans la rue en regardant par-dessus leur épaules pour apercevoir d’éventuels représentants des forces de l’ordre prêts à les amender, ce « changement de paradigme » serait tout simplement insoutenable! L’option est à l’étude. Mais, comme tout projet conduit par des fonctionnaires qui passent leurs journées devant des parties de Solitaire, elle n’est pas susceptible de voir le jour avant longtemps.

L’Etat et la Banque Nationale entendent ainsi concurrencer les détaillants locaux et les artistes précaires qui se reconvertissent à leurs heures perdues – c’est-à-dire pratiquement toute la journée – en petits dealers de quartiers pour tenter de joindre les deux bouts de ficelles qui forment la ceinture de leurs nippes. En proposant sa propre marchandise et son propre label de qualité Swiss made, l’Etat déclare servir une double cause: d’une part, permettre aux individus les plus précaires d’échapper leur vie de misère dans des paradis artificiels de qualité; d’autre part, de remettre au travail toute une frange de la population qui parvient à survivre au moyen d’un commerce criminel alors que le monopole des activités délictuelles légitimes revient à l’autorité publique, c’est bien connu. Les seconds sont par ailleurs invités à aller se trouver un vrai travail plutôt que de dessiner des visages à la craie sur le bitume ou de proposer des performances aux côtés de l’hologramme sexualisé de Jean-Luc Mélanchon.

La rédaction.

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