Chroniques

Chroniques d’un complotiste ordinaire – Les plaisirs solitaires de la table

Votre chronique de la semaine vous est offerte par la soirée un peu trop arrosée, mais néanmoins tenue dans le plus strict respect des mesures sanitaires, de la veille.

Chères amies, chers amis
Chair à canon, chair à saucisse
Chers QAnon, Shérif (pour les mettre en prison)
Shéhérazade, Shah d’Iran
Cherry Cola, Chiche kebab
Cher toutes et tous,

Si je communique avec vous aujourd’hui sur l’autel improvisé que je me suis confectionné dans les Rues-Basses en l’objet d’un tabouret me servant de promontoire, c’est pour vous annoncer que l’heure est aussi grave que celle du crime où sortent les pires méchants pour violer vos compagnes, vos enfants, Médor votre chien et parfois, par erreur, l’orifice d’un mobilier urbain orbiculaire dont on aurait oublié d’obstruer les extrémités par anticipation de vos comportements décadents. 

En effet, j’ai découvert hier soir l’existence d’un plaisir solitaire dont aucun d’entre vous n’a de près ou de loin, même pour les plus presbytes ou myopes d’entre vous, sans doute aperçu la substance durant sa misérable existence, laquelle se résume, le plus souvent, en un contrat à durée indéterminée l’obligeant à se réveiller tous les matins à l’heure où Pierre Maudet a déjà torché la moitié de ses dossiers, à l’heure où les jeunes raveurs en mal de soirée légales s’improvisent en dj.ette.s dans des caves insalubres remplies d’amiante pour éviter la maréchaussée, qui, comme son nom l’indique, ne s’exhibe que sur la chaussée et non pas en dessous de cette dernière. Chères amies, chers amis, ce que j’ai découvert ce matin est un fruit exotique épousant le doux patronyme de combava. 

Jamais tel fruit n’avait été aussi démoniaque, même dans le célèbre manga One Piece ! Que vous soyez héros du quotidien ou méchant de toujours, sans doute n’avez-vous jamais goûté à cet agrume défendu. Et sauf à considérer les bribes de rêves érotiques que vous faisiez jadis, dans votre jeunesse – où le plaisir de la chair s’accompagnait également d’une imagination libérée des bornes que vous lui avez imposé depuis, à votre entrée dans le monde du travail, sous la pression d’un petit chef tyrannique qui aura éteint le feu de vos évasions comme on éteint un brasier entre copains : en pissant dessus – il ne vous eut été possible d’en imaginer l’arôme.

Pour le connaître, ce fruit exotique, il eut donc fallu le goûter ! Et c’est ce que je fis lorsqu’un ami m’invita chez lui lors d’un dîner presque parfait où il me servit en hors d’œuvres, et hors de lui à cause d’une augmentation qui venait de lui être refusée par son patron, une délicieuse pintade agrémentée de quelques neufs carottes bien que huit – au final, après les avoir bien compté – dont la moitié m’aurait suffi puisqu’elles étaient accompagnées de quelques patates nouvelles et aussi douces que le fruit que je décrivais plus haut. Nous terminâmes le repas par un quatre-quarts. 

Ce ne fut qu’à la fin du joyeux festin – pas celui de McDonald’s au Québec, mais bien le festin que me procurât mon ami, copain et compère aussi proche que deux cochons pussent l’être – que je goutais au fruit défendu. M’envahit alors une douce saveur inconnue si bien que je me pris pour un Hunter gourmet – vous savez, ces individus au raffinement si semblable à celui de Bernard Arnault qu’ils dédient leur vie non pas au luxe des cuirs de vaches mais à la découverte de nouvelles saveurs ; cela se passe dans le manga Hunter x Hunter. Cette parenthèse nippone étant fermée, reprenons, si vous le voulez bien, et concentrez-vous bon sang pour ne pas lire les digressions que je rédige en me remémorant cette sensation qu’on ne peut vivre qu’une fois et pareille à un dépucelage. Donc, lorsque mon palet se délia sous la fraîcheur du mélange entre les zestes de l’agrume, un gin de bonne facture – sans doute japonais, lui aussi – du Schweppes – indien, pour sa part – et de quelques glaçons d’une eau plus limpide que celle de Lourdes ­– qui sert à soigner les prêtres pédophiles, je crois – c’est bien simple, la sensation qui me traversa me mit dans un état semblable à celui d’un… D’un… Ce fut comme si une balle me traversait. Et quand bien même n’aurais-je jamais reçu de ni balles de revolver ni même tiré un coup – de revolver, bon sang, concentrez-vous ! –  je vous le garantis, le choc fut si intense qu’il me laissa pantois durant quelques secondes, avant que je prisse une autre gorgée, que cette dernière en appelât une autre et que nous finissions, mon ami et moi-même, par écluser l’entier de sa bouteille de gin au terme de laquelle nous jonglâmes avec les quelques carcasses de combava dont nous ne parvînmes pas à râper le zeste pour nous en faire un verre. 

Tout ça pour dire que je crois, après tout, que vous devriez goûter cet agrume et éventuellement reproduire le mélange alcoolisé décrit quelques plus haut, si tant est que votre religion vous le permette. Nous ne voudrions pas, à la Rédaction de la Biturne, vous inciter à faire quelques sottises… De toute façon, de quelques manières qu’aient pu se dérouler les évènements décrits ci-dessus, ils se doivent d’être jugés nuls et non avenants par ceux mêmes qui les ont rêvés. 

La Rédaction. 

Illustration: “Reife Combava Früchte” by www.vanilleimport.eu is licensed under CC BY-NC 2.0

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