« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », se serait écriée la maman du jeune homme en découvrant que son cadet avait punaisé un portrait du conseiller national et probablement futur conseiller fédéral sur le mur de sa chambre.
Si la politique suisse avait un visage, ce serait sans doute le faciès disgracieux d’Albert Rösti. Oui car la politique suisse c’est du sale. Et même la légendaire politesse d’Albert Rösti qui, dit-on, est le plus poli des êtres vivants bien devant la Dalaï-lama et le Pape François, ne pourra jamais laver les tâches de mazout qui noircissent les dédales du Conseil national par sa faute. De cela, la famille Girod est au courant. Albert Rösti, elle connaît sa tête de premier de la classe qui finit dans une poubelle à chaque récréation comme nulle autre. D’Albert Rösti, elle sait également qu’il faut prendre le discours à l’envers : c’est-à-dire que s’il affirme apprécier les étrangers, en réalité il faut voir qu’il souhaiterait bien les expulser en catapulte parce que, en plus, cela coûte moins cher que d’affréter un charter et que, en envoyant valser quelqu’un dans les airs sans parachute, il y a quand même moins de chance qu’il revienne voler nos emplois, violer nos chèvres et caresser nos femmes – ou l’inverse.
Ainsi, lorsque la famille Girod découvrit un poster d’Albert Rösti punaisé contre le mur de son cadet, nul ne fut question de palabrer durant des heures sur les raisons de cette idylle idéologique entre leur enfant de neuf ans et l’ancien président du parti agrarien. Nul ne fut également été question de comprendre les motivations qui présidèrent à ce que leur cadet, élevé dans le respect, la tolérance et la lecture du Matin Dimanche, devint un lecteur de la Weltwoche qui se trouvait alors sur le sol de sa chambre et sur la une du dernier numéro de laquelle le liquide séminal s’y distinguant termina de confirmer le pire : leur fils était tombé raide dingue des idées de l’Union démocratique du centre.
« Franchement, on aurait préféré le surprendre en train de se masturber, à torturer notre chat, voire en train d’effectuer des saluts nazis. Là au moins on aurait été fixé et on aurait pu agir… On aurait pu l’interner, consulter un marabout ou un psy. Mais avec un poster d’Albert Rösti, que pouvions-nous faire d’autre que l’abandonner sur le bord de la route !? », questionne le paternel du marmot. Car oui, peu après la découverte, l’enfant fut attiré à l’arrière de la Renault Scenic familiale à l’aide de chemises d’armailli dispersées jusqu’à cette dernière façon Petit Poucet. Il fut ensuite emmené trois cents kilomètres plus loin et, finalement, fut abandonné sur une aire d’autoroute. « Chéri, qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », aurait déclaré la mère du petit en l’observant s’éloigner dans le rétroviseur. « Je ne sais pas, chérie », lui aurait-il répondu retour. « Ce qui est sûr, c’est que nous avons bien fait de le laisser là ! Regarde, il a déjà commencé à se faire des amis ! », conclut alors celui qui avait été son père tandis que son fils était approché par une horde de rats.
La Rédaction.