Une bonne poignée de main, un bon de réduction au Duty Free et une double ration de frites à la cantoche auront eu raison du plus grand mouvement social genevois de l’histoire moderne.
Alors que la Suisse entière a tremblé toute la journée devant la menace prolétarienne du bout du lac dont plusieurs observateurs plus ou moins avertis craignaient qu’elle ne s’étende, tel Prigojine mais sans le sou, en direction de la capitale ou pire, vers la glorieuse cité banquière de Zurich, l’Aéroport de Genève a joué son va-tout, ce soir, pour arrêter les grévistes rentrés dans l’intervalle chez eux le temps de se repaître d’un délicieux McDonald’s et d’une série Netflix abrutissante. Cela étant, la direction et les syndicats viennent tout juste de trouver un accord mettant fin au plus grand mouvement social genevois de l’histoire moderne. Lequel accord conditionne l’arrêt immédiat de tout le prétendu foutoir causé par les grévistes à « une bonne poignée de main », « un bon de réduction à faire valoir dans le Duty Free de l’Aéroport* » et « une double ration de frites à la cantoche. »
« Toutes nos propositions étaient jusqu’à présent tombées dans l’oreille de ces sourds de grévistes », explique un membre du conseil d’administration de l’Aéroport de Genève. « Nous leur avons proposé un tour de piste, une visite de la hall aux jets privés et même de découvrir l’épave de l’un d’entre eux, mais ils ne voulaient rien savoir jusqu’à ce que nous parlions d’un bon de réduction au Duty Free et d’une double ration de frites à la cantine ! », détaille celui-ci. « C’est à ce moment-là que nous avons su que nous les tenions. Les étoiles dans leurs yeux ne mentaient pas », précise ce dernier.
Modérément convaincu par cette issue qui risque de lui coûter bonbon en pommes de terre, le directeur de l’Aéroport de Genève, André Schneider, déplore également « beaucoup les désagréments générés pour les passagers » tout au long de la journée et notamment l’annulation des nombreux vols low cost qui auraient permis à de nombreuses personnes de « se resourcer » pour pouvoir affronter leur petit patron de merde durant la semaine prochaine. Il assure que le conseil d’administration a fait de « nombreux gestes » dont il ne précise pas la nature, mais dont imagine bien que l’un d’eux impliquait un majeur tourné pareil à un sémaphore en direction des grévistes. Ce dernier atteste par ailleurs que, dans les mois précédents, le conseil d’administration a reçu plusieurs fois les partenaires sociaux et que ceux-ci ont toujours été « peu enclins à écouter ses proposition pourtant raisonnables et pragmatiques. » À plusieurs reprises s’est-il en effet heurté, hélas, à « des positions dogmatiques » telles que des revendications salariales ou de demandes d’amélioration des conditions de travail, entre autres.
Tout est néanmoins bien qui finit aujourd’hui très bien dans le meilleur des mondes possibles et dans la joie ainsi que la bonne humeur ! En outre, la réforme salariale qui a mis le feu aux poudres est repoussée au 1e janvier 2025. Dans l’intervalle doivent se poursuivre les négociations entre les syndicats et la direction de l’Aéroport qui devrait, selon toute vraisemblance, essayer de séduire les premiers en leur proposant d’accompagner la double portion de frites du personnel de l’Aéroport par de la sauce barbecue mais surtout pas algérienne car « on voit ce que ça donne en France. »
La Rédaction.
*Dont la valeur reste encore à déterminer