Désireux de favoriser les circuits-courts et de respecter la mémoire du cèdre centenaire abattu à la tronçonneuse quelques mois plus tôt, le promoteur du projet immobilier Colombier 10 en a fait un parquet pour l’un de ses appartements « d’un niveau de standing élevé ».
Ravalez votre aigreur ainsi que vos langues médisantes car tout n’est pas à jeter dans le projet immobilier Colombier 10 situé au croisement de la rue éponyme et de celle du Moléson depuis laquelle on verra peut-être des appartements mais certainement plus le cèdre centenaire abattu afin de réaliser ces derniers « d’un niveau de standing élevé » – traduction : destinés à accueillir une engeance insupportable de type avocat d’affaire, banquier ou négociant en matières premières.
Si l’abattage du cèdre du Liban précédemment mentionné avait fait grand bruit, à l’époque, notamment pour des raisons évidentes de conservation de patrimoine, de respect de la biodiversité mais également car il était comme le dernier rempart contre la gentrification galopante d’un quartier historiquement peuplé par les classes populaires, celui-ci ne quittera finalement pas le lieu qui l’a vu naître et mourir sous les assauts d’une tronçonneuse. « C’est non sans une certaine émotion et avec grande fierté que nous vous annonçons que l’arbre abattu dans le cadre de la réalisation de notre projet immobilier a été transformé avec succès en lattes de parquet pour l’un de nos appartements ! », a en effet récemment communiqué le bureau d’architectes en charge du projet. Et de préciser : « Comme disait Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! En plus de ça nous avons favorisé un circuit extrêmement court » – si on omet bien sûr d’évoquer le fait que les lamelles ont été réalisées en Pologne et que leur traitement contre les parasites a été fait, lui, en Turquie.
Voilà donc comment l’un des joyaux de la Servette servira désormais à accueillir les pieds sales des enfants pourris-gâtés d’un couple de bourgeois probablement bohèmes. Si c’est pas beau, ça, comme politique du logement.
La Rédaction.