Si distinction rimait jadis avec démonstration ostentatoire de son capital économique, c’est aujourd’hui la possession d’un titre de transport annuel de la régie fédérale des chemins de fer qui constitue le nec plus ultra de la réussite sociale.
Jean-Kévin est dévasté. Lui qui hier encore sillonnait la ville de Genève au volant de sa Lamborghini Gallardo plaquée or et, cela étant, s’attirait non seulement les louanges de tous les autres Jean-Kévin mais aussi les faveurs des tous les gold digger, passe aujourd’hui totalement inaperçu aux yeux de ces derniers. Et pour cause, tous leurs regards se portent désormais sur les détenteurs d’un abonnement général (AG) de deuxième classe dont le prix augmentera de 3.5% pour atteindre les 3’995 francs annuels à partir du 10 décembre prochain. À cet égard, les experts sont formels : à compter de cette date, il reviendra meilleur marché de souscrire un leasing et de rouler en Lambo’ que de payer son AG. L’homo economicus étant un être intelligent, il allait donc de soi qu’il anticiperait ce changement fondamental et préférerait accorder son amour à un usager du train plutôt qu’à un pauvre détenteur de Lamborghini.
L’objectif principal de Vincent Ducrot, CEO des CFF, est de remettre l’église au milieu de village en permettant de distinguer à nouveau les vrais des faux riches. « La ligne est devenue floue avec les possibilités qu’ont les seconds de louer des voitures de sport ou de se surendetter pour s’en procurer un modèle qu’ils emboutiront l’année suivante », explique ce dernier. Le prix encore plus prohibitif qu’il ne l’était déjà de l’AG est ainsi directement pensé pour « permettre de distinguer entre les uns et les autres », ajoute-t-il tout en concluant que les riches doivent pouvoir profiter de « l’atmosphère ouatée des trains » tandis que les indigents, à savoir ceux qui n’ont pas su prendre leur destin en main en étudiant dans une école de commerce, de management ou une faculté de droit, « méritent amplement de rester coincées dans les accidents et, à défaut, les bouchons. »
La Rédaction.