Rénover soi-même l’appartement qu’on loue, c’est possible et ça s’appelle du « house-fixing ». Enquête sur une pratique américaine qui se répand comme une trainée de poudre en Suisse romande.
Tout comme Jean-Kévin, ils sont déjà des milliers de Suisses à avoir choisi de se responsabiliser plutôt que d’avoir à essuyer le refus de leur régie ou de leur propriétaire s’agissant de remplacer leur simple vitrage par du double ; d’obstruer les trous d’air ou encore de faire changer leur porte que les affres du temps ont déformé en raison des contraintes pesant de tout leur poids sur cette dernière. Ces nombreuses personnes, on les appelle les « house-fixers » aux États-Unis ; les « fixeurs », en Europe ; et les « débiles », au sein de la Rédaction de la Biturne de Genève.
Nés du constat qu’il vaut mieux faire soi-même ce que les régies ou les propriétaires ne font – et encore, rien n’est jamais sûr – qu’après qu’on les a menacés de consigner notre loyer ou physiquement en les attendant respectivement en bas de leur siège ou de leur domicile éclairé jour et nuit pour faire joli et distingué alors même qu’on demande à chacun de faire des efforts pour économiser de l’énergie ; né de ce constat, les fixeurs sont en général une bande d’amis qui en avaient marre d’attendre sur des avares qu’ils se décident à vaincre l’oursin situé dans leur poche pour effectuer des travaux qu’ils sont sinon légalement tenus de faire du moins fortement invités à réaliser si tant est que le bien-être de leurs locataires entrât au nombre de leurs préoccupations – ce qui n’est bien sûr jamais le cas que dans les rêves des premiers.
Les fixeurs se réunissent en général une fois par mois pour organiser les travaux. Si certaines tâches, comme le changement des fenêtres de Jean-Kévin, sont prévues de longue date à raison d’une fenêtre par semaine sur les trois que comptent son appartement situé en ville, la grille de priorisation adoptée par les fixeurs est on ne peut plus évolutive : une fenêtre cassée ou un chauffage qui lâche en plein hiver remonte immédiatement en haut de la liste des travaux à réaliser. En revanche, une latte de parquet arrachée peut bien attendre, de même qu’un coup de peinture, sauf si ceux-ci précèdent un état des lieux de sortie.
« L’avantage », explique Jean-Kévin, « c’est qu’on ne dépend plus de personne. Entre nous les travaux se font et même bien plus rapidement qu’en essuyant un premier refus de forme de notre régie ou du proprio. Alors oui, ça nous coûte un peu d’argent, mais bien moins que d’obtenir ce qu’on a droit au moyen d’un avocat. Aussi ne faut-il pas oublier que le temps c’est de l’argent. Or, on en économise ainsi une quantité folle ! Et puis vous n’imaginez pas la charge mentale que c’est d’avoir à faire à des gestionnaires antipathiques ! En les évitant, on préserve notre santé psychologique et on écarte toute éventualité de finir en prison pour en avoir étripé un ! »
Interrogées par notre Rédaction concernant ce nouveau phénomène de société, la plupart des régies et des propriétaires affirment ignorer totalement son existence. De saluer néanmoins l’initiative et même d’inviter à sa généralisation.
La Rédaction.