Un habitant de Collonge-Bellerive, dans le canton de Genève, a porté plainte contre la RTS pour « violation de la vie privée de sa piscine ». La carte interactive publiée hier par le média de service public porterait selon lui atteinte à « l’intimité » de son bassin.
Notre héros du jour s’appelle Matthieu. Matthieu – bien que son accoutrement semble lui conférer une plus grande proximité avec le temps où il touchera enfin l’AVS qu’avec celui où il décrochera son premier emploi – a tout juste trente-deux ans. Dans la vie, Matthieu passe l’essentiel de son temps entre son étude située au Bourg-de-Four, quelques bars alentours, la salle de sport et, pourvu que la météo le permette, sa piscine creusée dans le jardin de son terrain de 4’500m2 sur la petite commune de Collonge-Bellerive, peuplée de 7’500 âmes. Sauf à compter quelques excès avec la drogue – qui, du reste, ne s’enfile aujourd’hui pas au moins deux ou trois grammes de poudre tonique bolivienne chaque week-end ? – Matthieu a, comme qui dirait, une « vie bien rangée ». En ce sens, n’étaient les scribouillards payés par l’argent de sa redevance excessive, la tranquillité de Matthieu serait toujours intacte – du moins jusqu’à son trépas des suites d’une overdose, dans quelques semaines.
Hélas, le quotidien de Matthieu vient tout juste d’être bouleversé par des révélations honteuses dignes des heures les plus sombres du continent européen. Pas plus tard qu’hier, une bande de bolcheviks qui, il faut le dire, ne vise après tout qu’à déstabiliser le pays et à alimenter un sentiment de plus en plus prépondérant – à savoir celui de « haine des riches », lesquels devraient tout au contraire être chéris et adorés pour tout ce à quoi ils contribuent dans notre pays – vient en effet de révéler l’exacte répartition géographique des piscines suisses. « Une honte ! », pire, une « violation de l’intimité » de sa piscine, éclatait Matthieu en apprenant la nouvelle. Matthieu sortait à cette occasion de la retenue qu’il chérit tant afin de paraître mesuré en toutes circonstances cependant que son mutisme dissimule une certaine indigence intellectuelle vis-à-vis de la plupart des questions de société qui se posent. Quoi qu’il en soit, Matthieu se rendait immédiatement au poste de police pour obtenir justice. Il déposait alors une plainte contre ces « chasseurs de sorcières jaloux de la réussite des autres » ; qui plus est « sans doute des communistes ! » Des « parasites ! », fustigeait-il encore à la sortie du poste une demi-heure plus tard.
L’histoire ne dit pas si la police a réellement pris la plainte de Matthieu ou si elle a fait, comme elle en a l’habitude notamment en matière d’agressions sexuelles, semblant de le prendre au sérieux pour se gausser de lui une fois le dos tourné. En tout état de cause, la seconde hypothèse semble la plus plausible.
La Rédaction.