Genève

La Feuille de Banane reçoit sa première étoile Michelin

La consécration pour le petit restaurant asiatique parti de rien sinon du Wuhan, bien avant la pandémie.

Comme chaque année, un nombre incalculable d’établissements entrent et sortent du fameux guide Michelin. Comme chaque année, certains exultent et font péter le champagne tandis que d’autres, humiliés, n’ont d’autre choix que de se passer la corde au cou pour aller fouler les blés par la racine. Or, cette année, un petit séisme s’est produit dans le monde culinaire : la Feuille de Banane, restaurant sino-genevois spécialisé dans le poulet, le bœuf, la crevette et d’autres viandes plus recombinées que l’ADN des frères Bogdanov s’est illustré par une célérité plus certaine que la Justice elle-même. Son chef a été récompensé d’une première étoile au Michelin. 

De prime abord connu pour ses prix défiant toute concurrence, le petit établissement qui emploie une vingtaine de personnes est parvenu à s’illustrer aux yeux d’un critique du guide qui passait là par hasard et se fendait d’une petite fringale quand bien même il ne fût pas autorisé par son diététicien à grignoter entre les repas. Notre équipe s’est entretenue avec lui et a récolté son témoignage : « Je me baladais sur la Rue de Carouge, le cœur ouvert à l’inconnu, quand j’eus envie de rentrer dans le premier restaurant qui proposait une nourriture décente, ne fût-ce pas un McDo. C’est alors que je tombais nez-à-nez avec cette enseigne, La Feuille de Banane. Si son aspect me déçut, je me rendis compte qu’il s’agissait tout même d’une occasion particulière de me rapprocher de la plèbe. Et puis, à force de manger à Châteauvieux, on ne connaît plus les choses simples, les us et coutumes des gens modestes qui passent leur semaine à manger des pâtes à rien pour pouvoir s’offrir le luxe de payer leurs assurances maladies. Une occasion spéciale, donc, une véritable opportunité de quitter les carcans. Je pris donc le parti – et le pari, car l’intoxication alimentaire me guettait – d’y entrer sans préjugés. Autant dire que je ne fus pas déçu ! ». 

À ce moment de l’interview, le critique culinaire sort son téléphone et commande un taco à l’emporter d’un petit bouiboui pas si mal aux Avanchets. Il reprend : « J’entrai déterminé par la double porte assez précaire du restaurant. Là, quelqu’un m’accueillit en moins de temps qu’il ne faut pour dire nem et je fus installé directement, sans attendre, ce qui est très rare à Genève, surtout quand on n’a pas réservé. C’est alors qu’une deuxième personne arriva avec la carte, me la donna et fit mine de partir. Je choisis assez vite ; à peine eussé-je le temps de lever la main qu’une troisième personne arriva pour prendre ma commande, un poulet saté ». Nouvelle coupure.

« C’est alors que la magie se produisit ! La serveuse partit et revint quelques instants après avec mon plat à la main. Entre le temps où je commandais et le temps où je fus servi, il ne s’était écoulé au bas chrono que trente-quatre secondes. Mieux, le plat était très bon, bien que le poulet – après que je me fus renseigné – provînt de Porto Alegre – et qu’il fût alors nourrit d’une quantité de stéroïdes supérieure à celles d’Arnold Schwarzenegger du temps de sa forme olympique ». Le reste de son discours et inaudible puisqu’il est en train de manger sont tacos devant notre micro-enregistreur. 

Au moment où nous écrivons cet article à la lueur d’une bougie et tandis que les pauvres dorment sous les ponts dédiés à leur sommeil, la Feuille de Banane est donc auréolée d’une étoile au célèbre guide Michelin. Comme quoi le hasard fait bien les choses. 

La Rédaction. 

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