Genève

La police perd une course poursuite contre des trottinettes électriques

Une police en méforme, de la délinquance juvénile et de nouvelles technologies : les ingrédients d’une nouvelle délinquance. 

L’évènement se déroule lundi en milieu d’après-midi. Les deux agents de police qui patrouillent dans le parc des Bastions ont posé leur voiture à l’entrée de ce dernier. Ils ont décidé d’acheter une glace et d’effectuer leur ronde à pieds. À cette heure-ci, de toute manière, peu de chance de croiser des fauteurs de trouble, la plupart des gens qui peuplent le parc des Bastions sont des joueurs d’échecs ivres morts ou des étudiant-e-s en lettres de l’Université de Genève qui paissent librement dans l’enceinte du parc et s’affairent, de temps à autre, à ramasser les bouts de shit qu’ils essaiment pareil à des abeilles qui épandent du pollen au début du printemps. Il fait beau, chaud, la pluie qui tombait en ce début d’été a laissé place à un soleil qui irradie la cité de Calvin comme le césium irradie la ville de Pripiat.

Là, Philippe Magnin et Frédérique Bigot font leur ronde en bras de chemise. L’un tient dans sa main une glace pistache-stracciatella. L’autre, à l’instar de Lucky Luck, fait tournoyer son révolver autour de son index et manque à deux reprises de se tirer dans le pied lorsque deux balles perdues s’échappent de son arme de service pour terminer dans les arbres adjacents. Tout va bien dans le meilleur des mondes et rien ne semble pouvoir troubler la quiétude des réformateurs qui regardent les badauds d’un œil réprobateur comme s’ils les enjoignaient d’aller bosser au lieu de flâner en totale insouciance et de profiter des aides sociales. 

Les deux agents sont en train de taquiner un SDF lorsqu’ils sentent approcher, dans leur dos, un objet qui file à toute allure sur l’avenue principale du parc dont la vitesse est limitée celle d’une poussette en descente au sein de laquelle un gamin en train de crier pour qu’on arrête sa course avant qu’elle ne soit stoppée par un mur ou le 4×4 d’un avocat dont le bureau serait situé à proximité de la Treille. C’est alors qu’ils se retournent et voient filer, à toute berzingue, deux engins motorisés qui, ils ne le distinguent encore pas bien car ils doivent enfiler leurs lunettes, s’avèreront être deux trottinettes électriques vraisemblablement « maquillées comme les boguets qu’on avait à l’époque ! ». Les deux s’écrient en cœur : « Police ! Arrêtez-vous ! ». Sans atteindre le succès escompté. De réitérer : « Arrêtez-vous ou nous vous arrêtons ! ». Ce chiasme fabuleux n’y fait toujours rien. Les deux agents, comme s’ils étaient connectés se mettent alors à courir non pas derrière les trottinettes qui filent du mauvais coton – mais néanmoins rapidement – mais jusqu’à leur bolide au sein duquel ils se glissent avec aisance malgré leurs bedaines qui s’agitent encore du sprint qu’ils viennent de piquer. Magnin glisse la clé dans le contact, allume les gyrophares et met pied au plancher. Au loin, les deux bolides filent à tout allure, mais les voitures qui se rangent sur le bas-côté laissent bon espoir à Bigot et Magnin qui perçoivent, au loin, la silhouette des deux chauffards. « On les tient ! », crie Magnin tandis que Bigot slalom entre les voitures en frottant les côtés de son véhicule sur quelques poteaux et deux-trois piétons situées çà et là aux abords de la route. « Fonce ! », ajoute Magnin qui s’impatiente à l’idée de pratiquer sa clé d’étranglement sur l’une des deux silhouettes qu’ils talonnent à présent avec le cul de leur bagnole de service. « Dernier avertissement où nous seront obligés d’employer la manière forte ! », lance Bigot par le truchement du mégaphone situé sur le toit de sa voiture tandis que les deux jeunes redoublent d’effort pour semer la patrouille. Rien n’y fait. 

Bigot parvient alors à doubler l’une des trottinettes qui file à tout allure à environ cinquante kilomètres heures. Ambiance Die Hard. Magnin se penche à travers la fenêtre pour tenter d’attraper le guidon du chauffard, mais, ayant oublié de sécuriser la partie de son corps restée à l’intérieur du véhicule, il tombe et effectue trois roulés boulés sur le bitume bouillant avant de perdre connaissance. Coup du sort, un lampadaire qui traversait la route avec sa femme et ses deux gosses se place entre les trottinettes et la voiture de fonction, laquelle le heurte de plein fouet, ne lui laissant aucune chance de s’en sortir intact… Magnin est lui aussi stoppé.

Ellipse. La suite de l’histoire est bien trop sombre pour figurer dans un si modeste canard. On en connaît néanmoins le dénouement : Bigot et Magnin en sueur sur le bas-côté de la route dans l’attente des secours, leur voiture encastrée dans le lampadaire. Tous deux s’en sortiront avec de modestes blessures, mais passeront deux ans à l’assurance pour des raisons psychologiques qui sont les leurs. Au loin résonnent les ricanements des deux as du guidon qui viennent d’échapper à la confiscation de leur trottinette. Tout est bien qui finit toujours de mal en pis pour la police cantonale genevoise. 

La Rédaction. 

Illustration : “trottinette à moteur (PARIS,FR75)” by jean-louis zimmermann is licensed under CC BY 2.0

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