Chroniques

Réforme du Cycle d’orientation – Pour que nos têtes blondes apprennent à synthétiser de la méthamphétamine

La chronique hebdomadaire – peu s’en faut – de notre Réac’teur et onaniste en chef.

Ici, dans les locaux de la Biturne, il est de coutume que les lendemains de votations soient ponctués d’une longue diatribe du Réac’teur en chef installé sur le promontoire improvisé d’un stagiaire subissant les sévices inhérents aux contrats précaires. À cette occasion, Maurice Bledard sort de son silence monastique pour nous livrer son point de vue éclairé sur un enjeu prégnant de société. 

Ce jourd’hui, c’est la réforme du Cycle d’orientation, dite CO22, qui a retenu toute son attention. Cette réforme bafouée hier dans les urnes, quelle est-elle ? Bienheureux qui saurait en déchiffrer la complexité tant il est plus attrayant de se farcir l’intégralité des dix romans écrits par la probable future ex-ministre déléguée en charge de la citoyenneté – Marlène Schiappa – durant ces cinq dernières années, que d’avaler le texte du projet genevois. 

Mais cela n’a pas d’importance ! Puisque, de toute façon, Mesdames, Messieurs, Stagiaires qui parviennent à dégager un peu de temps pour nous lire malgré leurs 80 heures de travail hebdomadaires, la bien triste vérité est que la majorité de vos chères têtes blondes, qu’elles soient formées ou malformées, ne parviendront jamais à trouver un emploi stable. 

À quoi bon donc se torturer les méninges à essayer de leur offrir la meilleure des formations possibles ; la seule et unique dont ils eussent ressenti l’utilité une fois sorti de l’enfance étant de naître dans une bonne famille ou que papa, maman, voire la tante Gilberte, eussent la chance de connaître quelqu’un qui connût quelqu’un et ainsi de suite jusqu’à ce que votre progéniture trouvât un emploi. À quoi bon étudier lorsque – et c’est un rapport élaboré par des amis de chez McKinsey qui le dit – la plupart des métiers minables auxquels ils aspirent – artistes, sociologues, historiens, etc. ; ce genre de métiers qu’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi étant entendu que le contrôle de gestion, la comptabilité et le négoce de matières premières sont infiniment plus palpitants ! – sont voués à disparaître ! 

À quoi bon, donc, élimer son jeans sur les chaises de l’école publique ? À quoi bon s’échiner à faire semblant d’avoir compris le théorème de Thalès ? À quoi bon plancher sur la chanson de Roland ou sur les voyages de Nicolas Bouvier ? Je vous le dis, moi, Rédacteur en chef d’un journal à la renommée intercommunale : tout ce cirque ne rime à rien ! Et c’est dépenser de l’énergie en pure perte, laquelle pourrait sans doute être mieux dirigée, que d’espérer apprendre quelque savoir à nos têtes blondes dans le système d’enseignement secondaire tel qu’il est aujourd’hui.

Un sage a dit un jour qu’il valait sans doute mieux, parfois, tout cramer pour repartir sur des bases saines. Je dis qu’il a raison. Einstein – ce con ! – ajoutait qu’on ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème. C’est pourquoi, je propose de disrupter complètement le Département de l’instruction publique. Fini les réformes. Celles-ci ne sont jamais qu’un énième pansement sur sa jambe de bois gangrénée et syphilitique. Je propose la Révolution. Je propose de changer radicalement de méthode et d’aligner les standards de l’école de demain à ce qu’il se passe aujourd’hui sous nos yeux, dans la rue. En ce sens, je propose que nos têtes blondes acquièrent un savoir utile, notamment à mon commerce de méthamphétamine qui, bien que prospère, manque cruellement de petites mains depuis qu’on est obligé de défrayer nos stagiaires et de payer des salaires minimaux qui grèvent les comptes de notre majestueuse PME locale. 

Car s’il veut changer et servir à quelque chose, le Cycle d’orientation ne doit plus être l’affreuse usine à savoir désuet qu’il est aujourd’hui. Au contraire, il doit être un lieu d’émerveillement qui puisse déboucher sur une intégration directe au marché de l’emploi ! Au risque de me répéter, c’est ce que je propose d’offrir à nos enfants dans une formation duale où je m’engage à les employer tous et où ils pourront consacrer jusqu’à 50% de leur temps à synthétiser de la méthamphétamine, mais pas seulement ! Mon commerce étant intégré, c’est-à-dire présent à chaque niveau de la chaine de production, je leur propose aussi de l’expérience en tant que vendeur – de barrettes de shit au vu et au su des autorités – ; en tant que guetteur – seul métier où l’on apprend à différencier un âne d’un policier, ce qui n’est pas toujours chose facile en raison des multiples dénominateurs que ces deux types de bestioles ont en commun – ; enfin, en tant que sprinter – pour leur échapper [aux policiers]. 

C’est donc une très vaste entreprise à laquelle je leur propose de participer. Une entreprise composée de métiers qui sont voués à croître tant leur nombre suit une fonction proportionnellement inverse au niveau moyen de santé mentale de nos concitoyens. Lequel, en constante dégradation, n’a pas fini de s’étioler avec les jours malheureux qui arrivent. Du reste, ce que je propose à nos enfants, c’est une école de la vie. Un enseignement qui n’a de prix que celui du gramme de meth’ qu’ils seront amenés à vendre à des heures indues.

Pour vous, 
Maurice Bledard, Stagiaire-rédacteur en chef de la Biturne de Genève. 

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